Comandos de Salvamento Comandos
de Salvamento

Histoire

Les Comandos transportent une personne sur une civière pendant le conflit armé. Photo : Francisco Campos.
Les Comandos transportent une personne sur une civière pendant le conflit armé. Photo : Francisco Campos.

Depuis 1960, Comandos de Salvamento accompagne le Salvador dans certains de ses moments les plus difficiles. Séismes, ouragans, inondations, accidents, conflit armé et urgences quotidiennes ont façonné une histoire construite avant tout par des bénévoles prêts à protéger la vie, sans distinction de condition sociale, de religion ou d’opinion politique.

Archives historiques · Comandos de Salvamento
Archives historiques · Comandos de Salvamento

1960 · Les débuts

Comandos de Salvamento a été fondé le 30 septembre 1960 à Villa Delgado, aujourd’hui Ciudad Delgado, dans le département de San Salvador. L’initiative est née d’un groupe de citoyens dirigé par Édgar Cornejo Díaz, avec une idée simple et exigeante : organiser un service capable de secourir toute personne dont la vie était en danger.

L’organisation a commencé par le sauvetage aquatique, mais les besoins du pays ont rapidement élargi son champ d’action. Elle s’est aussi mise à intervenir lors d’accidents, d’incendies, de séismes et d’autres urgences. La croix verte faisait partie de son identité d’origine.

Le fondateur et les premières années

Édgar Cornejo Díaz est né à Armenia le 17 juin 1932 et est décédé le 24 mars 1993, selon le témoignage de sa fille, Gloria Astrid Hurtarte Cornejo, publié sur ce site en 2010. Elle évoque son expérience de sauveteur aquatique auprès de la Sécurité sociale au Guatemala et les réunions d’un petit groupe qui organisait des activités de secourisme à Ciudad Delgado.

Édgar Cornejo Díaz, fondateur de Comandos de Salvamento. Archives de l’article de 2010.
Édgar Cornejo Díaz, fondateur de Comandos de Salvamento. Archives de l’article de 2010.

Son récit conserve les détails d’une institution qui grandissait avec ses besoins : les premiers véhicules de secours, le déménagement de la base à El Bosque puis dans la rue Cinco de Noviembre, et la formation de sauveteurs pour les plages du pays.

Édgar près de l’un des premiers véhicules utilisés comme ambulance, selon la légende des archives.
Édgar près de l’un des premiers véhicules utilisés comme ambulance, selon la légende des archives.
Édgar avec les pompiers du Guatemala, selon l’identification des archives.
Édgar avec les pompiers du Guatemala, selon l’identification des archives.

1965–1979 · Apprendre en intervenant

Le séisme du 3 mai 1965 fut l’une des premières grandes épreuves. Avec des moyens modestes et un petit véhicule aménagé en ambulance, les bénévoles participèrent aux recherches, aux sauvetages et aux premiers secours. En 1969, pendant la guerre de Cent Heures entre le Salvador et le Honduras, ils soignèrent et évacuèrent des blessés dans les zones frontalières.

La décennie suivante renforça cette vocation. Les Comandos intervinrent après l’ouragan Fifi en 1974 et, en 1976, des bénévoles salvadoriens partirent au Guatemala pour aider après le séisme dévastateur. À la fin des années 1970, l’intensification des conflits sociaux exposait les secouristes à des situations de plus en plus dangereuses.

1980–1992 · La neutralité au cœur de la guerre

1980 · Secours pendant les funérailles de Monseigneur Romero

Le 30 mars 1980, les Comandos se trouvaient devant la cathédrale métropolitaine pour porter secours pendant les funérailles de Monseigneur Óscar Arnulfo Romero. Lorsque des tireurs embusqués de l’armée ouvrirent le feu sur les participants depuis le Palais national, les secouristes soignèrent les blessés sur place et les évacuèrent dans des pick-up servant d’ambulances, au milieu des tirs et de la panique.

Cet épisode appartient à la mémoire des Comandos qui l’ont vécu. Les photographies d’archives et le témoignage familial d’Édgar Cornejo Díaz gardent le souvenir de la peur, de la décision de secourir et de l’organisation des évacuations : protéger la vie même lorsque la leur était en danger.

Mémoire institutionnelle : photographies des archives des Comandos et témoignage de Gloria Astrid Hurtarte Cornejo, publié sur ce site en 2010. Documentation complémentaire : présentation historique de Monseigneur Romero, Université de Notre-Dame.

30 mars 1980 · Évacuation en pick-up pendant les funérailles de Monseigneur Romero. Le drapeau indique la neutralité des secouristes. Photo : Francisco Campos · Tous droits réservés.
30 mars 1980 · Évacuation en pick-up pendant les funérailles de Monseigneur Romero. Le drapeau indique la neutralité des secouristes. Photo : Francisco Campos · Tous droits réservés.
30 mars 1980 · Les Comandos portent secours devant la cathédrale métropolitaine pendant les tirs. Photo : Francisco Campos · Tous droits réservés.
30 mars 1980 · Les Comandos portent secours devant la cathédrale métropolitaine pendant les tirs. Photo : Francisco Campos · Tous droits réservés.
1980 · Archives historiques
1980 · Archives historiques

Pendant la guerre civile, la neutralité humanitaire devint l’un des principes les plus importants, mais aussi les plus difficiles à maintenir. Pour les Comandos, toute personne blessée avait droit aux secours, qu’elle soit civile, militaire ou membre de la guérilla. Gagner la confiance de tous les camps prit du temps et eut un coût humain très lourd : des membres de l’institution moururent en service.

La guerre n’arrêta pas les catastrophes naturelles. En 1982, le glissement de terrain de Montebello frappa des communautés au pied du volcan de San Salvador. En 1985, une mission de bénévoles partit au Mexique après le grand séisme. Un an plus tard, le séisme du 10 octobre 1986 exigea de nouveau une mobilisation massive au Salvador.

1982 · Glissement de terrain de Montebello
1982 · Glissement de terrain de Montebello

Pourquoi nous portons du jaune

Gloria Astrid se souvient que les premiers uniformes associaient une chemise blanche à des vêtements vert olive. Des combinaisons brunes furent ensuite utilisées, adaptées à un travail qui salissait les vêtements de terre et de sang. Selon son témoignage, son père choisit ensuite le jaune pour que les secouristes soient visibles de loin et reconnaissables pendant le conflit armé, surtout la nuit.

Elle évoque aussi l’intervention pendant les funérailles de Monseigneur Romero : la peur des secouristes, leur décision d’aider les blessés et l’organisation des évacuations. Son récit montre l’effort humain derrière chaque intervention.

Le coût personnel du service

Dans son témoignage, Gloria Astrid relate une fouille du domicile familial par des membres de la Garde nationale et des menaces contre son père vers 1983. Elle décrit la peur de la famille et la dégradation de sa santé durant cette période. Ces souvenirs personnels montrent comment les dangers du travail humanitaire atteignaient aussi les foyers des secouristes.

Selon sa fille, Édgar confia ensuite la direction à Roberto Cruz pour des raisons de santé. Il l’avait connu jeune et avait noué avec lui une relation étroite. La continuité de l’institution reposait aussi sur ces liens entre générations de bénévoles.

Édgar Cornejo Díaz lors d’une célébration avec des membres des Comandos ; les archives identifient aussi Roberto Cruz.
Édgar Cornejo Díaz lors d’une célébration avec des membres des Comandos ; les archives identifient aussi Roberto Cruz.

1989 · L’offensive

L’offensive de novembre 1989 fut l’un des chapitres les plus intenses de l’histoire de l’institution. Les combats atteignirent des quartiers densément peuplés de San Salvador et de son agglomération. Ambulances et bénévoles soignèrent les blessés, évacuèrent les civils et entrèrent dans des zones où les affrontements se poursuivaient.

Des secouristes des Comandos se mettent à couvert près d’un pick-up, leurs drapeaux bien visibles.
Des secouristes des Comandos se mettent à couvert près d’un pick-up, leurs drapeaux bien visibles.

Les Comandos étaient alors devenus un vaste réseau de délégations et de bénévoles. L’uniforme jaune devint un repère reconnaissable au milieu des urgences : un moyen d’identifier rapidement ceux qui entraient dans une zone dangereuse pour en faire sortir d’autres.

Archives · Service pendant le conflit armé
Archives · Service pendant le conflit armé

1992–2000 · Un pays différent, de nouvelles urgences

Les accords de paix de 1992 mirent officiellement fin au conflit armé, mais pas aux urgences. L’institution dut s’adapter à une période marquée par les accidents de la route, la violence, les inondations, les maladies et les catastrophes naturelles.

Cette même année commencèrent d’importantes évacuations dues aux inondations dans le Bajo Lempa. En 1995, les Comandos participèrent avec d’autres institutions aux recherches et à la récupération des victimes du vol Aviateca 901 sur le volcan Chinchontepec. Les inondations frappèrent de nouveau les communautés du Bajo Lempa et, entre 1995 et 1998, l’institution contribua aux campagnes de santé publique contre la dengue.

En 1998, l’ouragan Mitch imposa de nouvelles évacuations, des distributions d’aide et l’organisation de soins médicaux. Intervenir ne signifiait plus seulement arriver sur les lieux d’une urgence : cela impliquait aussi la prévention, la formation des communautés et leur accompagnement après la catastrophe.

Depuis 2001 · Sauvetage, préparation et communautés

Les séismes de janvier et février 2001, dont le glissement de terrain de Las Colinas, marquèrent le début du nouveau siècle. Suivirent l’éruption du volcan de Santa Ana et l’ouragan Stan en 2005, les pluies liées à Ida en 2009, de nouvelles inondations et de nouveaux glissements de terrain, ainsi que des milliers d’urgences quotidiennes rarement inscrites dans une chronologie nationale.

Avec le développement du Système national de protection civile, les Comandos ont travaillé aux côtés des autres institutions de secours du pays. L’organisation a également renforcé la formation des bénévoles, les soins préhospitaliers, le sauvetage, la préparation aux catastrophes et le travail auprès des communautés vulnérables.

Violence des gangs et pertes durables

À partir du milieu des années 1990 et durant les décennies suivantes, l’expansion des gangs et de la violence armée a durement frappé les communautés salvadoriennes. Pour les Comandos, cela signifiait secourir des victimes dans des environnements de plus en plus dangereux et subir aussi l’assassinat de collègues. La neutralité humanitaire ne les protégeait pas de toutes les menaces.

En novembre 2010, Cristian Neftalí Escalón, bénévole de 17 ans et fils du responsable de la délégation d’Apopa, mourut après avoir été atteint par les tirs d’inconnus alors qu’il voyageait avec son père. Le 10 avril 2016, Erick Beltrán, 14 ans, fut assassiné dans la délégation de Quezaltepeque. L’institution dénonça ce dernier crime comme une attaque contre son travail neutre et réaffirma son engagement à continuer de secourir la population.

Apopa, novembre 2010 · Adieux à Cristian Neftalí Escalón. Photo : CDS.
Apopa, novembre 2010 · Adieux à Cristian Neftalí Escalón. Photo : CDS.
Avril 2016 · Hommage à Erick Beltrán. Archives de Comandos de Salvamento.
Avril 2016 · Hommage à Erick Beltrán. Archives de Comandos de Salvamento.

Leur mémoire demeure sur notre page Hommage et dans l’article La violence touche les secouristes.

2026 · Mission humanitaire au Venezuela

Après les séismes du 24 juin 2026, dix bénévoles des Comandos, répartis en deux groupes de cinq, participèrent à la mission humanitaire salvadorienne au Venezuela. Ils soutinrent les recherches et les sauvetages dans les zones touchées et aidèrent les personnes se présentant à l’hôpital de campagne.

La mission prolongea au-delà du Salvador l’engagement de l’institution : aller là où l’aide est nécessaire et travailler avec d’autres équipes pour protéger la vie.

Secouristes pendant la mission humanitaire au Venezuela, en 2026.
Secouristes pendant la mission humanitaire au Venezuela, en 2026.

Lire le reportage : Mission accomplie au Venezuela

66 ans · La même raison d’intervenir

En 2026, Comandos de Salvamento fête ses 66 ans. Véhicules, équipements, techniques et risques ont profondément changé depuis les débuts du groupe à Villa Delgado. Sa raison d’être reste pourtant la même : arriver lorsque quelqu’un a besoin d’aide.

L’histoire des Comandos n’appartient pas seulement à ses dirigeants ni à une succession de grandes catastrophes. Elle est faite de générations d’hommes et de femmes, souvent bénévoles, qui ont conduit des ambulances, porté des civières, descendu des ravins, pénétré dans des zones de combat, traversé des inondations, soigné des blessés et appris à d’autres à réagir en cas d’urgence.

Ce service continu relie 1960 au présent : être en première ligne pour protéger la vie.

Repères chronologiques

1960 · Fondation à Villa Delgado.

1965 · Séisme de San Salvador.

1969 · Guerre de Cent Heures.

1974 · Ouragan Fifi.

1976 · Mission de sauvetage après le séisme au Guatemala.

1980 · Secours pendant les funérailles de Monseigneur Romero ; début d’une décennie marquée par le conflit armé.

1982 · Glissement de terrain de Montebello.

1985 · Mission de recherche et de sauvetage après le séisme au Mexique.

1986 · Séisme de San Salvador.

1989 · Offensive de novembre et évacuations dans les zones de combat.

1992 · Accords de paix et inondations dans le Bajo Lempa.

1995 · Accident du vol Aviateca 901 et inondations dans le Bajo Lempa.

1998 · Ouragan Mitch.

2001 · Séismes et glissement de terrain de Las Colinas.

2005 · Volcan de Santa Ana et ouragan Stan.

2009 · Urgences dues aux pluies liées à Ida.

2026 · 66 ans de service humanitaire.

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